POUR EN SAVOIR PLUS

L’Arbre de Jessé est un thème iconographique récurrent au Moyen-âge. Il existait, dès le XIe siècle, un candélabre de bronze appelé « Jessé » dans la cathédrale de Westminster.
Cependant, le chanoine Delaporte, à la suite d’Emile Mâle, pense qu’on ne trouve pas de représentation d’arbre de Jessé sous cette forme avant 1144, date du vitrail de Saint-Denis. C’est pourquoi on attribue à Suger la paternité des « arbres de Jessé ». Le vitrail de Chartres a été exécuté vers 1150. Il est donc très voisin de celui de Saint Denis et a probablement été réalisé par le même artiste.
Aux XVe et XVIe siècles, ce sujet devient un des thèmes de prédilection des artistes, sans doute parce qu’on en apprécie sa symbolique. Il disparaît à la fin de la Renaissance.

La symbolique
Les rois, les ancêtres charnels du Christ, sont inscrits dans des carrés.
Dans la symbolique, le carré représente le monde créé, donc la terre. Le carré est la figure du monde sensible. Son chiffre symbolique est le quatre.
Le cercle, qui n’a ni commencement ni fin, est le symbole de Dieu et de l’Esprit. Dans notre vitrail, les prophètes sont inscrits dans des demi-cercles, ce sont les ancêtres spirituels du Christ.
Le chiffre quatre représente la terre dans sa totalité. Dans ce vitrail, quatre rois seulement sont figurés. Ils symbolisent la totalité des rois de Juda qui ne peuvent être tous représentés ici.
Le chiffre sept est le nombre parfait, signe de plénitude. Il est très présent dans ce vitrail composé de sept registres ; sept colombes entourent la tête du Christ, représentant les sept dons de l’Esprit.
Ainsi est affirmée autour de Jésus la perfection de l’alliance de son humanité et de sa divinité.
Le nombre quatorze, 2 x 7, symbolise la perfection du créé.
La généalogie proposée au début de l’évangile de Matthieu est classée en trois groupes de quatorze générations.
Le quatorze est le symbole de la royauté, symbolisée par David qui, en hébreu, s’écrit DVD. Chaque lettre étant dotée d’un chiffre, on obtient pour DVD : 4 + 6 + 4 = 14
Quatorze prophètes sont représentés dans ce vitrail.

Dimension politique de ce vitrail
Depuis Hugues Capet, les rois capétiens, dans le besoin d’assurer leur succession, ont pris l’habitude de faire sacrer leur fils de leur vivant.
Au XIIe siècle, Louis VI et Louis VII s’attachent à renforcer l’autorité de la monarchie, aidés en cela par leur premier ministre Suger, abbé de saint-Denis, pour qui les rois de France sont sacrés comme les rois de Juda, et se transmettent le pouvoir héréditairement. Par leur onction lors de la cérémonie du sacre, ils tiennent leur pouvoir de Dieu par le ministère de l’Eglise.
Ainsi, dès Philippe Auguste, fils de Louis VII, la royauté deviendra héréditaire.
La couleur bleue dominante de ce vitrail est justement la couleur qui s’affirmera comme la couleur royale dès le XIIe siècle.
Dans le vitrail, chaque roi est encadré par deux prophètes. Les prophètes sont les conseillers des rois. Ils leur rappellent les limites morales à ne pas dépasser…
Suger n’était-il pas celui qui rappelait les rois de France à leurs devoirs, jouant un peu le rôle du « prophète »…

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